Djezaïr, le port, près de mon quartier

Les rampes, mon quartier.

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J'essaye de me remémorer les souvenirs lumineux d'avant la guerre et les massacres.

C'est dans cet esprit que j'avais fait des photos en vacances cet été . Bien que prises ailleurs qu'à Alger, elles devaient refléter l'ambiance dont je me souviens, photos heureuses, de soleil, d'amour, de lumière.

 

Mes souvenirs d'enfance:

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Les concerts de klaxons d'automobilistes pris dans les embouteillages, les chants des marchands de primeurs tôt le matin dans les ruelles, les arrivées et départs de trains, crissements, chuintements, crachotis de vapeur, grincements de freins, les mugissements des sirènes de paquebots ou de cargos, le ronflement des moteurs des remorqueurs, l'odeur intense de sciure des grumes fraîchement débarquées, de carburants, d'iode, d’algues, les silhouettes des pêcheurs à la ligne, la courbe des jets d'eau évacués par les navires à quai, leurs innombrables hublots ronds puis de plus en plus ovales, la lumière d'un ciel bleu intense, rencontrant l'outremer de la Méditerranée.

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La ville était baignée de soleil, en particulier les boulevards qui longeaient le port et le front de mer, et ceux qui montaient dans les collines vers El Bihar. Dans les petites rues étroites peuplées de maisons vétustes, l'ombre régnait et la population grouillait. Ne possédant pas d'auto, on allait à pied ou par le tram en ville. Je connaissais surtout les rues Babazoun, d'Isly, Michelet, le quartier de Belcour et celui de Bab-El-Oued  et la Bouzareah où nous avions de la famille, le boulevard de la République, et l'Amirauté, la Place du Gouvernement, la Grande poste. J'aimais qu'on prenne le tunnel des facs et qu'on aille manger dans un "Milk Bar", qu'on grimpe vers Hydra en gravissant les escaliers comme des gazelles, plutôt que de prendre le funiculaire, ce qui était bon surtout, c'était la descente des escaliers à toute vitesse.

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Les dimanches, on allait vers les plages à l'est: Sidi Ferruch, Zeralda, Bou Ismaïl, Cherchel, Tipaza, ou alors vers Ayn Taya à l'ouest.

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Plage

Une fois l'an au moins, on montait à Notre Dame d'Afrique, d'où l'on avait un très beau panorama sur la baie, et où l'on priait la vierge noire. Quelques fois, on se rendait à Dar el Bayda, l'aérodrome, et non loin je pense, les champs de course de chevaux. En hiver on pouvait rustiquement skier à Chréa.

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Djurdjur

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Les jeudis, on allait plutôt au Forum, au Jardin d'Essai, dans les nombreux parcs et squares. Je tentais de m'initier à l'équitation en enfourchant des ânes débonnaires, rompu au métier de véhiculer les petits enfants sages, je jouais à la cachette, à la balançoire, j'essayais de faire flotter mon petit bateau, mais lorsqu'il restait coincé au beau milieu du bassin, chose fréquente, il n’était pas facile de le récupérer! Les silhouettes de palmiers, les courbes superposées de leur feuillages satisfaisaient pleinement mon esprit géométrique. Le parfum délicat de quelque fleur, le gazouillis des oiseaux, le murmure de fontaines ou de jets d’eau ravissait mon jeune cœur.

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L'une de mes grandes joies: la contemplation des magnifiques vitrines des magasins de la rue d'Isly ou Michelet. Malheureusement, le ravalement fréquent des façades et la réfection constante des réseaux d'égouts gâchaient ces promenades: poussières, symphonies de marteau-piqueurs, ballets de grues gigantesques, échafaudages rendaient la déambulation et la circulation difficiles et chaotiques. Je savais me faufiler comme une anguille pour traverser le flot ininterrompu de véhicules de tous ordres que le sifflet du malheureux agent de police en faction ne parvenait pas à canaliser!

Je repérais toutes les odeurs: le crin lorsqu'on passait devant les selliers ou les matelassiers, les épices aux étals des "moutchous", la friture émanant des stands de zlabias, ou des restaurants, la fétidité des égouts dans les grandes artères! J'aimais entendre la cacophonie des transistors, échappée de centaines de fenêtres décorées de draps, serviettes et torchons claquant au vent, la gouaille des chanteurs de rue, les mélodies d’accordéonistes aveugles, toujours postés aux mêmes endroits stratégiques.

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J’aimais arpenter les « rampes » au-dessus du port, admirer les façades des magnifiques bâtiments coloniaux, chaque sculpture, chaque grille. Je goûtais la forme et la couleur des petites cabanes de bois où l’on achetait quotidiens et billets de loterie, et de celles qui servaient de halte aux arrêts de bus. J’aimais les costumes, les djellabas, les burnous, les gandouras, les chéchias, et les fez, les sarwels, les haïks. J’aimais les relents de discussions en langue arabe, et de musique à l’abord des cafés.

J’appréciais le travail diligent des petits cireurs de chaussures, les jeux audacieux des garçons dévalant en hurlant les rues à escaliers dans leurs caisses en bois montées sur d’épaisses roues de wagonnets, l’habileté des vendeurs à la sauvette dont l’étal était contenu dans de grands parapluies aisés à replier en cas de « contrôles ».

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Ma ville était belle de jour, mais encore plus de nuit lorsque le ciel se fonçait, qu’un à un les lampadaires et les néons, les enseignes lumineuses s’allumaient, scintillaient et se reflétaient dans la baie, une splendeur plus grande que celle, éphémère de feux d’artifice !
Et sur la ville endormie, où la chaleur d'été était presque insupportable et l'odeur de l'Arrach écoeurante, rassurante berceuse, la voie des muezzins.

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Si vous voulez mieux connaître ma ville et des endroits que je fréquentais:

D'autres photos d'Alger et ses environs, des cartes géographiques

http://zighcult.canalblog.com/archives/

(colonne droite, catégories, cartographie et photos)

Et un diaporama sur Alger et Oran

http://www.zlabia.com/galeriephoto.htm

  • des cartes postales anciennes d'Alger

http://www.algerie.info/frame.php